Contrebasse ou violoncelle : quelles différences ?
Taille, accord, position de jeu, rôle dans l'orchestre et dans le jazz : tout ce qui sépare la contrebasse du violoncelle, et comment les reconnaître au premier coup d'œil.
La contrebasse et le violoncelle se ressemblent de loin et tout les sépare de près. La contrebasse est le plus grand et le plus grave des instruments à cordes frottées : elle mesure environ 1,80 mètre, se joue debout, et ses quatre cordes sont accordées de quarte en quarte. Le violoncelle fait à peu près 1,20 mètre, se joue assis, l’instrument serré entre les genoux, et ses cordes sont accordées de quinte en quinte. Elles ne sonnent pas dans le même registre, elles ne tiennent pas le même rôle, et elles ne s’apprennent pas de la même façon.
Comment les reconnaître au premier coup d’œil ?
Trois indices suffisent, et aucun ne demande d’avoir l’oreille.
La position du musicien. C’est le signe le plus sûr. Un violoncelliste est assis sur une chaise, l’instrument posé sur une pique entre ses jambes. Un contrebassiste est debout, ou perché sur un tabouret haut, l’instrument légèrement incliné contre lui. Si la personne est assise, c’est un violoncelle.
La forme des épaules. Le violoncelle a la silhouette du violon en plus grand, avec des épaules arrondies. La contrebasse a des épaules tombantes, en pente, héritées de la famille des violes dont elle descend. Une fois qu’on l’a vu, on ne peut plus le manquer.
La taille, évidemment. Une contrebasse dépasse largement la tête de la plupart des musiciens qui en jouent. Un violoncelle, posé au sol, arrive à peu près à la poitrine d’un adulte debout.
Quelles différences techniques ?
| Violoncelle | Contrebasse | |
|---|---|---|
| Hauteur totale | environ 1,20 m | environ 1,80 m |
| Position de jeu | assis, pique au sol | debout ou sur un tabouret haut |
| Accord des cordes | de quinte en quinte | de quarte en quarte |
| Forme des épaules | arrondies, comme le violon | tombantes, héritées des violes |
| Écriture | sonne comme écrit | sonne une octave plus bas qu’écrit |
| Archet | un seul type de tenue | deux écoles, française et allemande |
| Registre | le ténor et le baryton de la famille | la basse, la fondation de l’harmonie |
L’accord mérite une explication, parce que c’est la différence la plus profonde. Le violon, l’alto et le violoncelle sont accordés par quintes, ce qui donne à la main gauche de grands écarts mais une logique harmonique immédiate. La contrebasse, elle, est accordée par quartes, comme une guitare ou une basse électrique, parce que des quintes sur un manche aussi long demanderaient des écarts de doigts impossibles. Conséquence pratique : un violoncelliste ne sait pas jouer de la contrebasse en se contentant de transposer, les doigtés n’ont rien à voir.
Deuxième particularité, la contrebasse est un instrument transposant à l’octave. Ce qui est écrit sur sa partition sonne une octave plus bas, pour éviter d’empiler les lignes supplémentaires sous la portée. Le violoncelle, lui, sonne exactement ce qui est écrit.
Où se placent-ils dans la famille des cordes ?
La famille des cordes frottées compte quatre membres, du plus aigu au plus grave : le violon, l’alto, le violoncelle et la contrebasse. On les compare souvent aux quatre voix d’un chœur, et la comparaison tient : le violon chante le soprano, l’alto tient la voix intermédiaire, le violoncelle fait le ténor et le baryton, la contrebasse pose la basse sous tout l’édifice.
Une nuance toutefois : la contrebasse n’appartient pas tout à fait à cette famille. Les trois premiers descendent du violon, elle descend des violes de gambe, ce que trahissent ses épaules tombantes et, sur beaucoup d’instruments, son dos plat. C’est une pièce rapportée, et c’est aussi ce qui explique qu’elle ait longtemps doublé le violoncelle à l’octave inférieure plutôt que d’avoir une ligne à elle.
Quel rôle dans l’orchestre et dans le jazz ?
Dans l’orchestre symphonique, le violoncelle est un instrument mélodique autant qu’un soutien. Il porte des thèmes entiers, il a un répertoire de concertos et de sonates considérable, et les compositeurs lui confient volontiers les passages les plus chantants. La contrebasse, à la même époque, tient surtout la fondation harmonique et rythmique. Elle a ses pages solistes, mais elles sont rares.
Le jazz a complètement renversé ce rapport. À partir des années trente, la contrebasse devient l’un des trois piliers de la section rythmique, avec le piano et la batterie, et elle y joue en pizzicato, c’est-à-dire pincée aux doigts, pas à l’archet. Elle marche, au sens propre : la walking bass fait avancer le morceau d’une note par temps et dessine l’harmonie en même temps que la pulsation. Aucun autre instrument ne fait les deux à la fois. Le violoncelle, lui, reste marginal dans le jazz, où il apparaît surtout en formation de chambre ou chez quelques solistes.
C’est pour cette raison qu’un trio de jazz comporte presque toujours une contrebasse et presque jamais un violoncelle, y compris quand il joue en acoustique, par exemple sur un mariage avec un orchestre de jazz.
Lequel apprendre ?
La question se pose vraiment, et trois critères permettent de trancher.
La musique que vous voulez jouer. Si vous rêvez de répertoire classique, de sonates et de concertos, le violoncelle a cent fois plus à vous offrir. Si vous pensez jazz, blues, musique traditionnelle, bal, la contrebasse est l’instrument.
Le gabarit. Les deux instruments existent en tailles réduites pour les enfants, mais la contrebasse reste encombrante même en demi-taille. Un adulte de petite taille jouera généralement une contrebasse trois quarts, qui est d’ailleurs le format le plus courant chez les professionnels, et non un quatre quarts.
Le transport. C’est le critère que les débutants sous-estiment et dont tous les contrebassistes parlent. Un violoncelle entre dans une voiture et peut se porter sur le dos. Une contrebasse demande un break ou un utilitaire, un housse rigide coûteuse, et elle ne monte pas dans les transports en commun aux heures de pointe. Ce détail décide plus de vocations qu’on ne le croit.
Sur la difficulté, les deux se valent mais pas aux mêmes endroits. La contrebasse demande de la force et de grands écarts de main gauche, et sa justesse est difficile parce que les distances entre les notes sont grandes. Le violoncelle demande une précision d’archet plus exigeante dès les premiers mois, parce que les cordes sont plus courtes et réagissent plus vite.
Questions fréquentes
La contrebasse est-elle un gros violoncelle ?
Non, et c’est l’erreur la plus répandue. Les deux instruments ne viennent pas de la même famille, ils ne sont pas accordés de la même manière, et leurs doigtés n’ont rien de commun. Le violoncelle descend du violon, la contrebasse des violes de gambe.
Lequel sonne le plus grave ?
La contrebasse, largement. C’est l’instrument à cordes le plus grave de l’orchestre, et sa corde la plus basse descend sous le registre du violoncelle d’une octave environ. Certaines contrebasses possèdent même une cinquième corde ou une extension qui descend encore plus bas.
Peut-on jouer de la contrebasse avec un archet ?
Oui, et c’est même la règle dans la musique classique. Il existe deux tenues d’archet, dite française, par-dessus, proche de celle du violoncelle, et dite allemande, par-dessous, dans la paume. Dans le jazz, on joue surtout pincé aux doigts, l’archet servant pour certains thèmes et quelques solos.
Quel est l’ordre des instruments à cordes du plus aigu au plus grave ?
Violon, alto, violoncelle, contrebasse. Le violon et l’alto se jouent sous le menton, le violoncelle et la contrebasse reposent au sol sur une pique.
Un violoncelliste peut-il passer à la contrebasse ?
Il part avec un avantage réel, l’archet, la lecture et l’oreille, mais il doit réapprendre entièrement sa main gauche puisque l’accord change de quintes en quartes. Comptez plusieurs mois avant de retrouver son niveau, et davantage si le but est de jouer du jazz, où le pizzicato et la walking bass forment un métier à part.


