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Jazz · Musique · Instruments

Les standards de jazz : à quoi servent-ils vraiment ?

Un standard n'est pas un tube, c'est une grille que tous les musiciens connaissent. D'où ils viennent, comment ils sont faits, et les vingt titres par lesquels commencer.

Scene de club de jazz avec piano a queue, contrebasse et batterie

Un standard de jazz est un morceau que tous les musiciens de jazz connaissent par cœur et peuvent jouer ensemble sans l’avoir répété. Ce n’est pas un classement de popularité, c’est un répertoire commun : une mélodie, une grille d’accords, une forme, et rien d’autre. Deux musiciens qui ne se sont jamais vus montent sur scène, l’un annonce un titre et une tonalité, et le morceau existe. Aucun autre genre musical ne fonctionne comme cela.

D’où viennent les standards ?

De trois sources, et il est utile de les distinguer car elles ne sonnent pas pareil.

Les comédies musicales et le cinéma américains, entre les années vingt et cinquante. C’est ce qu’on appelle le Great American Songbook. Gershwin, Cole Porter, Rodgers et Hart, Jerome Kern écrivaient pour Broadway et Hollywood, et les musiciens de jazz se sont emparés de ces chansons parce que leurs harmonies étaient riches et leurs formes claires. Summertime vient d’un opéra, Porgy and Bess. My Funny Valentine vient d’une comédie musicale de 1937.

Les compositions des jazzmen eux-mêmes. À partir des années quarante, les musiciens écrivent leurs propres thèmes, souvent sur les grilles d’accords de chansons existantes. Thelonious Monk, Charlie Parker, Duke Ellington, Miles Davis, Wayne Shorter ont ainsi fait entrer des dizaines de titres dans le répertoire commun.

La chanson française et la bossa nova. Les Feuilles mortes, musique de Joseph Kosma sur un texte de Jacques Prévert, est devenue Autumn Leaves et compte parmi les standards les plus joués au monde. La bossa nova brésilienne, portée par Antônio Carlos Jobim, est entrée dans le répertoire au début des années soixante et n’en est jamais sortie.

Comment un standard est-il construit ?

La plupart tiennent en trente-deux mesures, découpées en quatre sections de huit. La forme la plus répandue est dite AABA : une phrase, la même phrase, un pont qui part ailleurs, puis le retour de la phrase initiale. L’autre forme courante est le blues en douze mesures, qui n’a pas de pont du tout.

Cette brièveté est voulue. Un morceau de jazz ne dure pas trois minutes parce que la grille dure trois minutes, il dure le temps que les musiciens décident. On expose le thème, puis chacun improvise sur la même grille pendant un ou plusieurs tours, qu’on appelle des chorus, puis on rejoue le thème et on s’arrête. La grille tourne, c’est tout le principe.

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Deux enchaînements d’accords reviennent sans cesse et forment la grammaire du genre. Le deux cinq un, qui est la cadence de base, et l’anatole, une rotation de quatre accords qui ouvre des centaines de morceaux. Les connaître, c’est pouvoir déchiffrer la moitié du répertoire, et c’est sur eux que repose tout l’art de l’improvisation.

Vingt standards pour commencer

Ceux-ci reviennent dans toutes les jam sessions. Un musicien qui les connaît peut jouer à peu près partout.

  • Autumn Leaves, le passage obligé, et le seul standard majeur d’origine française
  • Summertime, de Gershwin, un blues mineur déguisé
  • All of Me, souvent le premier qu’on apprend
  • Blue Bossa, de Kenny Dorham, la porte d’entrée de la bossa
  • So What, de Miles Davis, deux accords en tout
  • Take Five, de Paul Desmond, à cinq temps par mesure
  • My Funny Valentine, la ballade de référence
  • Body and Soul, l’épreuve des souffleurs
  • Round Midnight, de Thelonious Monk
  • Fly Me to the Moon, un anatole déguisé en chanson d’amour
  • Night and Day, de Cole Porter
  • The Girl from Ipanema, de Jobim
  • Misty, d’Erroll Garner
  • Caravan, de Duke Ellington et Juan Tizol
  • Blue Monk, un blues qui s’apprend en dix minutes
  • Beautiful Love, pour travailler les mineurs
  • There Will Never Be Another You
  • Just Friends, le terrain d’entraînement des deux cinq un
  • Solar, court et redoutable
  • Days of Wine and Roses

Un conseil de méthode : mieux vaut en connaître dix vraiment, par cœur, dans deux tonalités, que cinquante approximativement. Sur scène, personne ne vous demandera un titre rare, on vous demandera Autumn Leaves.

Qu’est-ce que le Real Book ?

C’est le recueil qui a fixé ce répertoire. Chaque page donne une mélodie et des accords chiffrés, rien d’autre : ni arrangement, ni basse écrite, ni indication de tempo. Ce format, appelé partition condensée ou lead sheet, est exactement ce dont un groupe de jazz a besoin pour jouer ensemble sans répéter.

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Le premier Real Book a circulé sous le manteau dans les années soixante-dix, photocopié, sans droits payés aux auteurs, avant que des éditions légales ne paraissent des décennies plus tard. Il en existe aujourd’hui des versions officielles, pour instruments en ut, en si bémol et en mi bémol, et c’est l’achat de base de tout apprenti.

Ce répertoire commun a une conséquence très concrète hors des clubs : un groupe de jazz peut tenir une soirée entière sans avoir répété ensemble, et s’adapter à ce qu’on lui demande sur le moment. C’est ce qui le rend si pratique sur une fête, comme nous l’expliquons à propos de l’orchestre de jazz pour un mariage.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un standard et un tube ?

Un tube se définit par ses ventes et par un enregistrement précis. Un standard se définit par le fait que les musiciens le jouent entre eux, dans des versions chaque fois différentes. Certains standards n’ont jamais été des tubes, et beaucoup de tubes ne deviendront jamais des standards.

Combien de standards faut-il connaître ?

Une vingtaine permet de tenir une jam session. Un musicien professionnel en a plusieurs centaines en mémoire, mais il les a accumulés sur vingt ans, pas appris en une saison.

Un standard de jazz en cinq lettres, c’est quoi ?

La question vient des mots fléchés, et la réponse attendue est en général blues. Le blues est à la fois un genre et une forme de douze mesures qui constitue le standard le plus joué de tout le jazz.

Peut-on jouer un standard dans n’importe quelle tonalité ?

Oui, et c’est fréquent, notamment quand une chanteuse ou un chanteur demande une tonalité adaptée à sa voix. Les musiciens transposent sur place. Travailler ses standards dans plusieurs tonalités fait d’ailleurs partie de l’apprentissage.

Faut-il savoir lire la musique pour jouer des standards ?

Il faut savoir lire une grille d’accords chiffrés, ce qui s’apprend en quelques semaines. La lecture de notes aide, mais beaucoup d’excellents musiciens de jazz jouent d’oreille et ne déchiffrent qu’au ralenti.

Signe
Albert

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