Basse ou contrebasse : laquelle choisir ?
Même accord, même rôle, deux instruments pourtant très différents. Son, apprentissage, transport, prix et répertoire : de quoi trancher entre la basse électrique et la contrebasse.
La basse électrique et la contrebasse sont accordées de la même façon, sur les mêmes quatre notes, et tiennent le même rôle dans un groupe : poser la fondation harmonique et rythmique. Tout le reste les sépare. La contrebasse est acoustique, haute de 1,80 mètre, sans frettes, et se joue debout. La basse électrique tient dans un étui souple, a des frettes, et ne produit aucun son sans amplificateur. Un bassiste électrique qui s’assoit derrière une contrebasse sait où mettre ses doigts et ne sait rien faire d’autre.
Qu’est-ce qui les rapproche ?
L’accord, d’abord : quatre cordes de quarte en quarte, exactement le même intervalle d’une corde à l’autre. C’est ce qui explique qu’on puisse passer de l’une à l’autre sans réapprendre la logique du manche, contrairement à ce qui se passe entre contrebasse et violoncelle.
Le rôle ensuite. Dans un groupe, la basse fait deux choses en même temps : elle donne la note fondamentale qui soutient l’harmonie et elle marque la pulsation avec la batterie. Ce double métier est identique sur les deux instruments, et c’est pourquoi un bon musicien passe de l’un à l’autre en gardant sa manière de penser.
La filiation, enfin. La basse électrique a été créée au début des années cinquante précisément pour remplacer la contrebasse sur scène, parce qu’elle était trop encombrante et trop difficile à amplifier. Elle est donc née comme sa copie portative.
Qu’est-ce qui les sépare vraiment ?
| Basse électrique | Contrebasse | |
|---|---|---|
| Son | net, soutenu, long | rond, boisé, court |
| Frettes | oui, la justesse est donnée | non, la justesse se cherche |
| Position | debout ou assis, instrument en bandoulière | debout ou sur un tabouret haut |
| Amplification | indispensable | facultative en petite formation |
| Transport | housse souple, tient partout | housse rigide, break ou utilitaire |
| Premier prix correct | quelques centaines d’euros | plusieurs fois plus |
| Répertoire naturel | rock, pop, funk, soul, variété | jazz, classique, musiques traditionnelles |
La différence la plus lourde de conséquences est l’absence de frettes. Sur une basse électrique, poser le doigt entre deux barrettes donne la note juste. Sur une contrebasse, rien ne guide la main : la justesse dépend entièrement de l’oreille et de la mémoire du bras. C’est ce qui rend les premiers mois beaucoup plus ingrats, et c’est aussi ce qui donne à l’instrument sa capacité à glisser d’une note à l’autre.
La deuxième différence est la longueur du son. Une note de basse électrique tient tant qu’on la laisse vibrer. Une note de contrebasse pincée s’éteint vite. Cette extinction rapide, qui paraît un défaut, est exactement ce qui permet à une walking bass de rester lisible à toute vitesse : chaque note laisse la place à la suivante.
Laquelle est la plus difficile ?
La contrebasse, nettement, et sur trois points précis.
La justesse, puisqu’il n’y a pas de frettes et que les distances entre les notes sont grandes. Un demi-centimètre d’écart s’entend.
La force, parce que les cordes sont longues, épaisses et tendues. Les premières semaines laissent les doigts douloureux, et la main gauche doit se construire avant de pouvoir jouer longtemps.
La posture, enfin. Tenir correctement un instrument de cette taille pendant deux heures demande une technique en soi, et un mauvais placement se paie en douleurs de dos et d’épaule.
La basse électrique, elle, donne des résultats audibles en quelques semaines. Elle a sa propre difficulté, mais elle arrive plus tard : la régularité, le placement rythmique au millième, le son que l’on obtient de la main droite. Facile à commencer, longue à bien jouer.
Laquelle pour quelle musique ?
Le jazz acoustique, le swing, le jazz manouche, la musique classique et une grande partie des musiques traditionnelles appellent la contrebasse. Dans ces répertoires, la basse électrique sonne comme un corps étranger, parce que son attaque et sa tenue de note ne se fondent pas dans un ensemble acoustique.
Le rock, la pop, le funk, la soul, le reggae et la variété appellent la basse électrique. Elle y est irremplaçable, pour la raison inverse : il faut une note qui tienne et qui traverse un mur de guitares et de batterie.
Entre les deux, le jazz fusion, le funk teinté de jazz et la soul se jouent indifféremment sur l’un ou l’autre, et beaucoup de bassistes professionnels possèdent les deux instruments pour cette raison. C’est aussi ce qui explique qu’un même groupe puisse passer du cocktail acoustique à la soirée dansante, comme sur un mariage avec un orchestre de jazz.
Questions fréquentes
Peut-on apprendre la contrebasse après la basse électrique ?
Oui, et c’est le passage le plus fréquent. L’accord étant identique, la connaissance du manche se transfère directement. Ce qui est entièrement à construire, c’est la justesse sans frettes, la force de la main gauche et, si l’on veut jouer classique, l’archet.
Une contrebasse peut-elle se passer d’amplification ?
En trio ou en quartet acoustique dans une salle de taille raisonnable, oui. Dès qu’il y a une batterie jouée aux baguettes, du public nombreux ou du plein air, il faut un micro ou un capteur et un petit ampli.
Laquelle coûte le plus cher ?
La contrebasse, très largement, et l’écart ne se limite pas à l’instrument : il faut une housse rigide, un archet si l’on joue classique, un capteur, un ampli adapté et parfois un véhicule plus grand. Une basse électrique correcte avec son ampli reste un budget de loisir ordinaire.
Faut-il commencer par la basse électrique ?
Pas forcément. Si votre objectif est le jazz acoustique, autant commencer directement à la contrebasse plutôt que de prendre des habitudes de main gauche qu’il faudra défaire. Si vous hésitez encore sur le style, la basse électrique est un terrain d’essai moins coûteux et moins décourageant.
Y a-t-il des contrebasses électriques ?
Oui, ce sont des instruments à l’échelle de la contrebasse mais sans caisse, qui se transportent dans un étui fin et s’amplifient comme une basse. Elles règlent le problème du volume et de l’encombrement, pas celui du son acoustique, qu’elles approchent sans l’égaler.


