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Jazz · Musique · Instruments

Les chanteuses de jazz, des voix historiques à la scène actuelle

Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Nina Simone, puis celles qui chantent aujourd'hui. Ce qui distingue une voix de jazz des autres, et par où commencer à écouter.

Chanteuse de jazz de profil devant un micro a ruban sur scene

Chanter le jazz n’est pas chanter bien dans un répertoire de jazz. C’est traiter sa voix comme un instrument : déplacer la mélodie, retarder une note, en avaler une autre, improviser sur la grille au même titre qu’un saxophoniste. Quatre voix ont fixé cet art entre les années trente et soixante, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan et Nina Simone, et une génération entière le prolonge aujourd’hui sans le répéter.

Qu’est-ce qui fait une voix de jazz ?

Trois choses, et aucune ne tient à la puissance.

Le placement rythmique. Une chanteuse de jazz ne tombe pas sur le temps, elle joue avec lui. Elle entre un peu après, elle tient une note au-delà de ce que la mesure prévoyait, elle rattrape. Ce décalage permanent est ce qui donne la sensation de balancement.

La liberté sur la mélodie. Le thème écrit n’est qu’un point de départ. On le simplifie, on le fleurit, on change des notes pour suivre l’harmonie. Dans sa forme la plus poussée, cela devient le scat, où la voix abandonne les paroles pour improviser en syllabes, exactement comme un soliste.

Le rapport au texte. C’est ce qui sépare le jazz de la performance vocale pure. Une grande chanteuse de jazz raconte une histoire, parfois presque parlée, parfois à peine audible. Billie Holiday avait une tessiture limitée et reste la plus bouleversante de toutes pour cette seule raison.

Les voix qui ont tout fixé

Billie Holiday, née en 1915 et morte en 1959. Peu de puissance, peu d’étendue, et une manière de poser le texte que personne n’a reproduite. Son Strange Fruit, en 1939, reste l’un des enregistrements les plus lourds de l’histoire de la musique américaine, puisqu’il décrit un lynchage.

Ella Fitzgerald, de 1917 à 1996. L’exact opposé : une justesse imparable, une agilité de trompettiste et le scat porté à un niveau jamais égalé. Ses Songbooks, où elle enregistre l’intégrale des grands auteurs de Broadway, forment à eux seuls une bibliothèque du répertoire.

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Sarah Vaughan, de 1924 à 1990. La voix la plus instrumentale des trois, avec une étendue et un contrôle venus du classique, et une capacité à transformer une ballade en architecture.

Nina Simone, de 1933 à 2003. Pianiste de formation classique autant que chanteuse, elle a fait circuler le jazz, le blues, le gospel et la chanson engagée dans un même répertoire, et son timbre grave ne ressemble à rien d’autre.

À leurs côtés, quatre noms qu’on cite moins et qu’il faut connaître : Carmen McRae pour la diction, Anita O’Day pour le swing, Dinah Washington pour le lien avec le blues, et Betty Carter pour l’audace rythmique, qui a formé une partie des musiciens de la génération suivante.

Qui chante le jazz aujourd’hui ?

La scène est plus vivante qu’on ne le croit, et elle se partage grossièrement en trois courants.

Celles qui prolongent le répertoire classique. Cécile McLorin Salvant, franco-américaine révélée par le concours Thelonious Monk en 2010, est la plus souvent citée : elle fouille des chansons oubliées des années vingt et les rend brûlantes. Samara Joy, sacrée révélation aux Grammy Awards en 2023, a ramené le jazz vocal classique chez un public très jeune.

Celles qui tirent vers la pop et la soul. Diana Krall, pianiste et chanteuse, Norah Jones, Melody Gardot, Stacey Kent, qui chante volontiers en français. Ce sont les voix par lesquelles beaucoup d’auditeurs entrent dans le jazz, et c’est très bien ainsi.

La scène française. Camille Bertault, venue du théâtre et du solfège, Anne Ducros, Sarah Lenka, Youn Sun Nah, installée en France et passée par Paris, chacune avec un rapport très personnel au texte. Le jazz vocal français ne copie pas le modèle américain, il le traverse par la chanson.

Par où commencer à écouter ?

Un ordre qui fonctionne bien, parce qu’il va du plus immédiat au plus exigeant.

  • Commencez par Ella Fitzgerald, dont la clarté rend tout audible dès la première écoute.
  • Passez à Nina Simone, pour entendre ce qu’une voix peut porter d’autre que la virtuosité.
  • Prenez ensuite Billie Holiday, qui demande d’avoir l’oreille faite, et qui ne quitte plus personne.
  • Gardez Sarah Vaughan et Betty Carter pour plus tard, quand la forme des morceaux vous sera familière.
  • Et écoutez Cécile McLorin Salvant ou Samara Joy pour entendre ce que cette histoire donne aujourd’hui.
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Une bonne part de ce répertoire repose sur les mêmes morceaux, ceux que nous présentons dans notre article sur les standards de jazz. Écouter cinq versions d’un même titre par cinq chanteuses différentes est d’ailleurs le meilleur exercice d’oreille qui soit.

Questions fréquentes

Qui est la plus grande chanteuse de jazz ?

La question n’a pas de réponse unique, et les musiciens eux-mêmes se partagent. Ella Fitzgerald domine par la maîtrise, Billie Holiday par l’émotion, Sarah Vaughan par la voix elle-même. Les trois sont indispensables et incomparables.

Qu’est-ce que le scat ?

Une improvisation vocale sans paroles, sur des syllabes choisies pour leur sonorité. La voix y devient un instrument soliste et suit la grille d’accords comme le ferait un saxophone. Ella Fitzgerald en reste la référence absolue.

Faut-il une grande voix pour chanter le jazz ?

Non. Le jazz vocal valorise le placement, le timbre et le rapport au texte avant la puissance et l’étendue. Plusieurs des voix les plus marquantes du genre avaient une tessiture modeste.

Y a-t-il des chanteuses de jazz françaises ?

Oui, et la scène est active : Camille Bertault, Anne Ducros, Sarah Lenka, parmi d’autres. La tradition française mêle volontiers jazz et chanson, ce qui lui donne une couleur reconnaissable.

Quelle chanteuse écouter pour découvrir le jazz ?

Ella Fitzgerald, pour la clarté, ou Melody Gardot et Norah Jones si vous venez de la pop. L’essentiel est d’entrer par une voix qui vous parle, le reste du répertoire suit tout seul.

Signe
Albert

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