Aller au contenu
Sessions ◆ Ce qui se joue, et avec quoi
Rechercher
Jazz · Musique · Instruments

L’improvisation en jazz : comment ça marche ?

Improviser n'est pas jouer n'importe quoi. La grille, le chorus, le deux cinq un, les modes : ce qui se passe réellement quand un musicien de jazz prend un solo.

Saxophoniste tenor en plein solo sur une scene de club

Improviser en jazz, ce n’est pas inventer de la musique à partir de rien. C’est composer en temps réel à l’intérieur d’un cadre que tous les musiciens du groupe connaissent : une suite d’accords, une longueur fixe, un tempo. Le soliste choisit ses notes, son rythme et son phrasé, mais il ne choisit ni le terrain ni la durée du tour. C’est ce cadre partagé qui permet à cinq personnes d’improviser en même temps sans que cela devienne du bruit.

Que se passe-t-il concrètement pendant un morceau ?

Le déroulé est presque toujours le même, et il s’apprend en une soirée d’écoute attentive.

On joue d’abord le thème, la mélodie écrite, en général deux fois. Puis commence le premier chorus : un musicien improvise sur la même suite d’accords, du début à la fin, pendant que les autres l’accompagnent. Quand il a fini, un autre prend le relais, sur la même grille. Enfin, on rejoue le thème et on conclut.

Un chorus correspond donc à un tour complet de la grille. Un morceau de trente-deux mesures à tempo moyen fait environ une minute de chorus. Quand un solo dure quatre minutes, c’est que le musicien a tourné quatre fois sur la même structure, et c’est exactement ce que fait l’auditeur averti : il compte les tours.

Il existe une variante très reconnaissable, l’échange de quatre, où les solistes se passent la parole toutes les quatre mesures, souvent avec la batterie. Cela donne une conversation à vitesse réelle, et c’est généralement le moment où la salle réagit.

Sur quoi le soliste s’appuie-t-il ?

Sur la grille d’accords, et uniquement sur elle. Chaque accord autorise certaines notes et en interdit d’autres, ou plutôt les rend plus ou moins tendues. Le travail du soliste consiste à entendre l’accord qui arrive et à choisir, dans la fraction de seconde, par quelle note y entrer.

Deux outils structurent cet apprentissage.

A lire :  Comment s’améliorer en danse modern jazz ?

Le deux cinq un. C’est l’enchaînement d’accords le plus fréquent du répertoire, une cadence en trois temps qui installe puis résout une tension. On la trouve des dizaines de fois dans une seule soirée. Les musiciens la travaillent dans les douze tonalités, parce que la reconnaître à l’oreille revient à savoir lire la moitié des morceaux.

Les modes. À partir de la fin des années cinquante, une partie du jazz abandonne les enchaînements rapides pour s’installer longuement sur un seul accord. On ne suit plus une suite de cadences, on explore une couleur. Kind of Blue, de Miles Davis, paru en 1959, est le disque qui a ouvert cette porte, et So What, son premier morceau, tient sur deux accords.

Comment apprend-on à improviser ?

Par l’imitation avant la théorie, et c’est contre-intuitif pour qui vient du classique.

  • Transcrire. Relever à l’oreille le solo d’un musicien qu’on admire, note à note, puis le jouer avec le disque. C’est l’exercice central, celui que tous les professionnels ont pratiqué, et il remplace des années de méthode.
  • Chanter ce qu’on joue. Un trait qu’on ne peut pas chanter est un trait qu’on exécute sans l’entendre. L’oreille doit précéder les doigts, sinon l’improvisation devient de la gymnastique.
  • Travailler le blues en premier. Douze mesures, trois accords, et déjà tout le vocabulaire. On peut y passer des années sans en faire le tour.
  • Jouer avec d’autres. Les jam sessions existent pour cela. Improviser seul dans sa chambre ne prépare pas à réagir à ce que fait le batteur.
  • Apprendre des phrases, pas des gammes. Les gammes donnent les notes disponibles, elles ne donnent pas de musique. Ce qui parle, ce sont des formules mélodiques entendues chez les autres puis digérées.

Tout cela se construit sur un répertoire commun, celui que nous présentons dans notre article sur les standards de jazz. On n’improvise pas dans le vide, on improvise sur Autumn Leaves.

A lire :  Guitare Ibanez jazz : pourquoi ces modèles sont prisés des musiciens professionnels ?

Les malentendus les plus courants

Croire que tout est libre. L’immense majorité du jazz improvise à l’intérieur d’une forme stricte, dont on ne sort pas. Le free jazz, qui abandonne la grille, est un courant parmi d’autres, pas la règle générale.

Croire que c’est inné. Un solo apparemment spontané mobilise des centaines de phrases travaillées pendant des années, comme un orateur mobilise un vocabulaire. L’invention porte sur l’assemblage, pas sur chaque note.

Croire que seul le soliste improvise. Le pianiste choisit ses voicings, le contrebassiste construit sa ligne note par note, le batteur réagit en permanence. Tout le monde improvise, simplement pas au même plan sonore.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour savoir improviser ?

Quelques mois suffisent pour tenir un chorus de blues de façon convaincante si l’on travaille l’oreille dès le début. Jouer un standard rapide dans n’importe quelle tonalité demande en revanche plusieurs années.

Faut-il connaître la théorie musicale ?

Il faut savoir lire une grille d’accords chiffrés et comprendre ce qu’est une cadence. Au-delà, la théorie explique après coup ce que l’oreille a trouvé avant. Beaucoup d’improvisateurs remarquables ont une théorie modeste et une oreille redoutable.

Qu’est-ce qu’un chorus ?

Un tour complet de la grille d’accords du morceau. Quand un musicien prend trois chorus, il improvise pendant trois fois la longueur du thème.

Les musiciens savent-ils à l’avance qui joue quand ?

Rarement dans le détail. L’ordre se décide sur scène par des regards et des signes de tête, et la fin d’un solo s’annonce par la manière de jouer les dernières mesures. C’est une convention apprise, pas un plan écrit.

Peut-on improviser en chantant ?

Oui, et cela porte un nom, le scat. La voix suit la grille d’accords comme un instrument, sur des syllabes sans signification. C’est l’une des disciplines les plus exigeantes du jazz vocal.

Signe
Albert

Bonjour, je suis Noé, un passionné de décoration d'intérieur et d'extérieur âgé de 45 ans. Avec une solide expérience dans la création d'espaces harmonieux et esthétiques, je m'efforce de transformer chaque projet en un lieu unique qui reflète votre personnalité. Mon objectif est de rendre votre environnement à la fois fonctionnel et inspirant. Ensemble, donnons vie à vos idées !

Dans la meme rubrique

Les 9 articles  →

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiee. Les champs marques d'une etoile sont obligatoires.