Les accords de guitare jazz : par où commencer ?
Quatre familles d'accords, trois positions à retenir et un enchaînement qui ouvre tout le répertoire. La méthode pour passer des accords de base aux voicings de jazz.
Le jazz à la guitare repose sur quatre familles d’accords de quatre sons, et non sur les accords de trois sons de la chanson. Majeur septième, mineur septième, septième de dominante, mineur septième bémol cinq : avec ces quatre couleurs et une poignée de positions mobiles, on joue l’essentiel du répertoire. L’erreur du débutant est de chercher des centaines de formes. Il en faut une vingtaine, sues dans toutes les positions du manche.
Pourquoi des accords de quatre sons ?
Un accord de trois sons donne une couleur neutre : fondamentale, tierce, quinte, et l’oreille sait immédiatement si c’est majeur ou mineur, sans rien de plus. Le jazz ajoute une quatrième note, la septième, et c’est elle qui crée la tension et oriente l’enchaînement. C’est la septième qui dit où le morceau va.
Les quatre familles à connaître se lisent ainsi sur une grille.
| Chiffrage | Nom | Couleur |
|---|---|---|
| maj7 | majeur septième | repos, lumière, fin de phrase |
| m7 | mineur septième | doux, ouvert, point de départ |
| 7 | septième de dominante | tension, appelle une résolution |
| m7b5 | mineur septième bémol cinq | ouvre les cadences mineures |
À ces quatre s’ajoutent, plus tard, le diminué et l’augmenté, qui servent de passages. Mais tant que les quatre premières ne sont pas automatiques, les apprendre ne sert à rien.
Par quelles positions commencer ?
Par les positions mobiles, celles qui ne contiennent aucune corde à vide et se déplacent donc telles quelles sur tout le manche. C’est le gain le plus rapide de tout l’apprentissage : une forme apprise une fois donne les douze tonalités.
Deux séries suffisent pour démarrer. La première a sa fondamentale sur la sixième corde, la plus grave. La seconde a sa fondamentale sur la cinquième. Apprenez les quatre familles dans ces deux séries, soit huit formes en tout, et vous pouvez accompagner n’importe quelle grille, n’importe où sur le manche.
Vient ensuite la notion de voicing, c’est-à-dire la manière de répartir les notes de l’accord. Le jazz privilégie les accords de trois ou quatre cordes, joués dans le registre médian, plutôt que les grands barrés à six cordes qui alourdissent tout. Deux principes guident ce choix.
- On peut supprimer la fondamentale. Le contrebassiste la joue déjà. Un accord de guitare sans sa note de base sonne plus léger et laisse de la place.
- On peut supprimer la quinte. Elle n’apporte presque rien à la couleur. Ce qui compte, c’est la tierce, qui dit majeur ou mineur, et la septième, qui dit la tension.
D’où les accords dits à trois notes, construits sur la fondamentale, la tierce et la septième, que les guitaristes d’orchestre ont utilisés pendant des décennies. Ils tiennent en trois doigts, se déplacent vite, et sonnent mieux en groupe que n’importe quel barré.
L’enchaînement qui ouvre tout le répertoire
Le deux cinq un. C’est la cadence la plus fréquente du jazz, et elle revient des dizaines de fois dans une seule soirée. Un accord mineur septième, un accord de septième de dominante, un accord majeur septième. Tension installée, tension accrue, résolution.
Travaillez-la ainsi, dans cet ordre, et ne passez à l’étape suivante que lorsque la précédente est automatique.
- Dans une seule tonalité, avec les formes à fondamentale sur la sixième corde.
- Dans la même tonalité, avec les formes à fondamentale sur la cinquième.
- En cherchant le chemin le plus court entre les trois accords, c’est-à-dire en bougeant le moins de doigts possible.
- Dans les douze tonalités, en montant par quartes, ce qui est l’ordre dans lequel les morceaux les enchaînent.
- En version mineure, où le premier accord devient un mineur septième bémol cinq.
Une fois cet enchaînement en main, ouvrez une grille de standard et comptez : vous reconnaîtrez la cadence partout. C’est à ce moment que le répertoire cesse d’être une liste de morceaux pour devenir une langue. Notre article sur les standards de jazz explique comment ces grilles sont faites.
Trois erreurs qui coûtent des mois
Collectionner les formes. Les recueils proposent des centaines de positions. Elles ne servent à rien tant que huit ne sont pas automatiques dans les douze tonalités. Mieux vaut peu et vite que beaucoup et lentement.
Jouer trop de notes. En groupe, une guitare qui plaque six cordes entre en collision avec le piano et la basse. Trois notes bien choisies s’entendent mieux.
Négliger la main droite. L’accompagnement de jazz tient autant au placement rythmique qu’aux accords. Un accord juste posé au mauvais endroit du temps ne swingue pas, et aucun ajout d’harmonie ne rattrapera cela.
Questions fréquentes
Combien d’accords faut-il connaître pour jouer du jazz ?
Huit formes mobiles, soit les quatre familles dans deux positions, suffisent à accompagner la quasi-totalité des standards. Le reste est du confort et de la couleur.
Faut-il une guitare particulière ?
Non pour apprendre. Une guitare électrique ordinaire, voire une acoustique, permet de travailler les accords. Le son de jazz tient surtout au jeu, au choix du micro grave et à des cordes filées plates, pas à l’instrument en lui-même.
Doit-on jouer au médiator ou aux doigts ?
Les deux existent. Le médiator donne une attaque nette et domine dans le jazz de groupe. Les doigts permettent de séparer la basse de l’accord et conviennent au jeu en solo. Beaucoup de guitaristes mêlent les deux.
Pourquoi mes accords sonnent-ils faux en groupe ?
Le plus souvent parce qu’ils contiennent trop de notes graves qui se cognent avec la contrebasse. Retirez la fondamentale et jouez dans le registre médian, le problème disparaît presque toujours.
Le jazz manouche utilise-t-il les mêmes accords ?
Les mêmes familles, mais des positions et une main droite très différentes, avec une pompe rythmique qui lui est propre. Un guitariste de jazz classique ne tient pas une pompe manouche sans l’avoir travaillée spécifiquement.


